Pour ceux et celles qui le connaissent, je pourrais dire qu’il leur a énormément appris sur eux même. Que ca soit sur le plan physique ou mental, tous en sont repartie en sachant qu’ils pouvaient atteindre leurs objectifs s’ils s’en donnaient les moyens.Ayant une conception bien à lui de la préparation et du métier d’entraineur, il nous fait partager son expérience ainsi que son savoir. Personnage atypique, il reste tout de même une référence et sans pour autant dévaloriser d’autres entraineurs ou préparateurs physique, il est considéré comme l’un des meilleurs.
Toujours imité, mais jamais égalé !
Question sport, comment pourrais-tu te définir ?
J’analyse tout, je regarde le sport, comment ca fonctionne, je regarde ce qui va et ce qui ne va pas dans tel ou tel sport, après on essaye de travailler sur un concept.
Je pars du principe que c’est un concept et pas du tout un sport, car le sport c’est : « analyser un individu ». Et pour analyser un individu, il faut s’analyser sois même, ce qui amène à des réflexions qui te permettent de travailler sur plusieurs sports différents. Je me définirais donc comme un chercheur sportif.
Un chercheur sportif qui cherche quoi ?
Qui cherche à s’améliorer et à améliorer les autres. Car il faut améliorer sa réflexion pour mieux améliorer les autres.
Au-delà de ce concept, ont peut quand même dire que tu prépares physiquement ?
Bien sûr, mais avant de préparer physiquement il faut d’abord comprendre le mental de celui que tu prépares, sinon c’est une préparation généralisée et là c’est dangereux, et c’est là que tu enduis en erreur l’individu.
Quel est ton rôle dans la préparation ?
D’abord d’analyser l’individu à essayer de le comprendre puis l’évaluer sur des exercices. C’est à partir de ce moment là que tu commences à peut prés à comprendre comment il fonctionne, comment il est mentalement pour arriver ensuite à le faire travailler physiquement. De là tu peux le pousser à certaines limites, des limites qu’il ne tiendra pas. Le but c’est d’amener quelqu’un au de la de ses limites. Le travail devient alors intéressant.
Quand tu prépares y a-t-il un but précis ?
Ca dépend, il y a des sportifs qui préparent des combats, des compétitions… le tout en fonction du niveau de la compétition et de leur niveau déjà atteint. Ensuite, il faut analyser l individus, à savoir si il est brider ou non (si il est déjà formaté dans un style). On pourra donc améliorer son style, sa vitesse, sa puissance et travailler sur le muscle.
Car certaines personnes sont trop chargées et d’autres ont des lacunes parce qu’elles ont privilégiées la technique et pas assez le physique : il faut trouver le juste milieu pour améliorer l’individu.
Par là suite il y a tout un travail mental à effectuer pour qu’il puisse être à la hauteur de ses objectifs.
Viens-tu avec un programme prédéfinis que tu donnes à tout le monde ?
Jamais !
Non, c’est en fonction du besoin de l’individu que tu travail, ce n’est jamais prédéfini, c’est trop risqué ! Tu ne peux pas être sûr de ta méthode, car elle ne peut pas s’appliquer sur tout le monde : c’est comme pour l’éducation, on ne peut pas éduquer les enfants de la même façon, ici, on ne peut pas entrainer un sportifs comme on en entraine un autre. On entraine quelqu’un en fonction de sa façon d’être, ses qualités physiques, morales et autres...
Qui sont les personnes que tu entraines ?
Ce sont des sportifs : j ai eu beaucoup de professionnels, beaucoup d’amateurs, beaucoup de gens qui n’ont aucun niveau, mais aussi, le plus intéressant, c’est quand tu as quelqu’un qui arrive à zéro, qui n’a jamais fais de sport et que tu l’amènes a un niveau très élevé.
Je crois que ca enrichie la personne.
Que leur apportes-tu ?
Les choses les plus importantes sont l’objectif et l ambition. Si quelqu’un n’a pas d’ambition et d objectifs et qu’il ne visionne pas le futur dans sa discipline cela sera très difficile de l’amener quelque part, si il est convaincu qu’il est quelconque, faut lui apprendre que quand tu fais un sport individuel ca ne dépend que de soi et que tu peux devenir n’importe qui si tu t’en donne les moyens de le devenir. Le seul problème qu’on a en France c’est qu’on n’a pas l éducation de compétition, on a une éducation du sport. Certes on a un bon niveau sportif mais on n’a pas l’éducation du premier, on a une éducation de participant et ca c’est très difficile à améliorer même pour un pro. Le français est très : « j’ai participé, j étais là, je suis deuxième, je suis satisfait », à la différence des américains c’est que si tu es deuxième, c’est que tu n’es pas premier. En France si tu es deuxième, c est très bien, tu n’es ni 3e, ni 4e …. , il y en a 8 autres derrière.
Si quelqu’un vise un objectif, donne lui l’envie de le dépasser, d’atteindre un rêve même si c’est aléatoire, même si c est exceptionnel, même si ca ne parait pas possible donne lui l’envie d’y aller, dis lui que tu peux être champion du monde si tu le veux et ca c’est ce qui est le plus difficile.
Mais l’environnement et les besoin font que les gens dérivent très vite.et qu’ils n’arrivent jamais au bout de leurs objectifs.
Ne penses-tu pas que quand on leur dit « tu es 2e c est bien » c’est pour ne pas les démoraliser et leur donner la motivation de continuer ?
L’avantage du sport individuel c’est que ca demande des qualités individuelles. A partir de là ca te met en face des autres individus : « il n y a pas de raison qu’ils peuvent et pas toi, si ils peuvent tu peux ».
Une fois que tu as compris la mentalité, la culture, l’environnement, les objectifs de l’individu tu peux travailler.
Si il te dit « je veux devenir champion du monde » il faut travailler en conséquence, on durci et il devient plus dur.
Malheureusement en France, dans certaines disciplines, les infrastructures n’existent pas pour travailler. Par exemple, en boxe anglaise, on est l’une des meilleures écoles en amateurs mais les plus mauvais en professionnel parce qu’il n y a pas d infrastructures.
Veux-tu dire qu’on n’a pas les moyens matériels ?
On a les moyens matériels mais on n’a pas suffisamment d’entraineurs formés pour entrainer les pros. C’est le très grand problème de la France, elle est très limitée en boxe anglaise.
Nous avons quand même eu des champions du monde !
Ce sont des gens qui ont gardé leur qualité de la boxe amateur après ca se limite très vite. Souvent ils vont en se dégradant, il garde leur niveau amateur et même si parfois ils prennent un peut plus de maturité, de frappe, de combat ca ne va pas au-delà, ils ne s’améliorent pas !
Il n’y a pas de réelle progression ?
Il y’a une maturité parce qu’il change de niveau.
Par exemple, si on compare le foot et la boxe, en foot il y’a des infrastructures amateurs et des infrastructures pros. Il est très difficile d’avoir un joueur CFA en pros car ce sont des niveaux très différents de travail, de préparation technique et de préparation physique. Alors qu’en boxe il n’y a pas d’infrastructures. Depuis 30ans il n’y a plus de grands sportifs.
Hors mis la préparation physique, que cherchent les gens qui viennent te voir ?
Il y’a des gens qui viennent faire du sport pour des raisons qui leurs sont personnelles : pour l’amélioration physique, pour maigrir car certains se trouvent gros, certains veulent faire un sport de combat, d’autres pensent que faire un sport de combat les rend plus sur dans la vie et finalement ils restent pour d autres raisons.
Parce que je les pousse tous les jours à devenir différents et ils sont obligés de s’améliorer. Donc plus ils s’améliorent et plus ils en sont conscients.
Ensuite ils sont à la recherche de l’amélioration et ils s’enferment la dedans.
Que fais tu quand tu ne perçois pas de qualité chez une personne, vas-tu la diriger sur une autre voie ?
Non ! Je pense que le problème ne vient pas de l’élève, il est ce qu’il est, il n’y a pas de mauvais élèves, il y a de mauvais entraineurs !
Si tu ne l’as pas compris c’est que tu n’as pas fais l’effort de le comprendre.
Tout le monde ne peut pas devenir champion du monde !
Tout le monde peut devenir champion du monde.
Si l’entraineur s’applique, s’il trouve les failles. Il y a des gens chez qui tu ne trouveras rien parce qu’il n’y a pas la possibilité de trouver ou parce que tu ne fais pas les efforts car pour toi ca représente des barrières et une situation nouvelle qui est difficile à comprendre.
Il y a quand même certaines personnes qui ont des atouts ?
Bien sûr, mais « le plus », il est aussi dans l’envie.
Je vois la chose comme ca avec le recul : si l’entraineur est bon, il va faire d’un individu qui s’en donne les moyens ce qu’il veut. Même si il n’est pas champion du monde il peut l emmener où il veut, il peut aller très loin.
Selon toi ce n’est pas le sportif qui est mauvais mais l’entraineur ?
Il n’existe pas de mauvais élèves, il existe de mauvais entraineurs.
Le sportif est ce qu’il est avec ses lacunes et ses problèmes.
C’est l’entraineur qui doit trouver les mots ou les méthodes. Ca peut être plus long si on le compare avec quelqu’un qui à déjà des dispositions au sport, ca peut être plus difficile, ca prendra plus de temps, mais le résultat est le même.
Par exemple ils vont partir sur 10km : le sportif aura fait 5 km alors que le novice en aura fait que 1 km, mais il aura compris et au bout 2 km il fera une accélération et il arrivera peut être 1er ou 2eme.
C’est un autre système de travail.
Qu’est ce qu’un bon entraineur ?
Un bon entraineur c’est quelqu’un qui sait se mettre à la place de son élève, s’il ne sait pas le faire c’est que c’est un mauvais. Si tu ne sais pas être ton élève tu ne peux pas être un bon entraineur. Un bon entraineur c’est celui qui c’est apprendre de ces élèves, si tu n arrives pas à comprendre pourquoi il fonctionne et qu’il est comme ca, tu n arrive pas a être lui, tu ne pourras jamais être un bon entraineur, il faut comprendre l’autre.
Donc il ne suffit pas d’avoir des diplômes pour être un bon entraineur ou préparateur ?
Les diplômes c’est important, parce que ce sont les bases, mais elles ne sont pas une science exacte, on ne peut pas dire que tout le monde s’appelle Stéphane ou Victor, c’est impossible !
Les entraineurs ont une seule méthode Ex : En arts martiaux les entraineurs ont 10 élèves, ils les collent, ils les font travailler de la même façon et on a une chance sur 10 d’en sortir 1 qui sera prédisposé à être différent. Avec cette méthode, ils ne pourront pas à en faire tous des champions, car c’est une méthode groupée, une méthode où il faut travailler des bases bien définies.
Pour être un bon entraineur il faut avoir un élève par jour, tu dois avoir 3 élèves par an et un jour différent pour chaque personne.
Un entraineur qui a 10 élèves ne peut pas en faire 10 champions ?
Il faut qu’il ait beaucoup de temps.
Un bon entraineur doit avoir 8 heures de travail par jour pour avoir de bons résultats.
Tu peux alterner les élèves, par tranche de 2 heures, chacun avec sa méthode, chacun travaille différemment.
Aux Etats-Unis tu as des salles qui sont ouvertes de 9h à 22h, tu peux entrainer une personne de 10h à 12H, une autre de 14 h à 16 h… tu peux même en avoir 3 par jour et tu peux en faire des champions.
Combien de temps y consacres-tu ?
4h par jour et ca peut aller jusqu’ à 6 heures, ca dépend, parfois c’est en journée et parfois c’est en soirée.
Comme, ce qu’on prépare pour Toby ca prendra plus de temps, car on va changer le niveau d’entrainement. Il y a une période où on va faire que du physique et une période où on n’en fera plus du tout.
Il y a une méthode que j ai appris d’un maître de taekwondo, elle met en avant le travail physique avant de commencer le travail technique, durci l’élève physiquement.
C’est quand un corps est prêt physiquement qu’il peut exécuter des mouvements très délicats ; mais quand il ne l’est pas il lui est très difficile de les exécuter.
Par la suite tu peux rentrer dans une période technique, on travail l’aérobie du corps, la souplesse, la vitesse, l’équilibre, les déplacements, le positionnement, les frappes et tout ce qui va avec.
On enlève le physique parce que ca risque de le ralentir.
C’est un travail lent et il n’est pas dis que l’élève le supporte.
Dans le cas de Toby, tu le prépares pour quoi ?
Cette année il passe professionnel, il est arrivé à 165kg et on va le passer juste à la limite du mi-lourd à 86, 85 kg.
Ce que je veux faire je ne l’ai jamais fais avec lui : commencer par lui donner beaucoup de force au niveau des jambes, puis au niveau de la ceinture abdominale et enfin travailler aux niveaux des rythmes. Je ne veux pas lui donner une boxe avant qu’il ait atteint le poids qu’il doit avoir. D’abord je lui fais travailler la vitesse a 110 kg, Puis j’estime que quand il arrivera a 86kg il aura une vitesse supérieur a son poids et après on va lui donner la force physique, beaucoup de puissance, donc beaucoup de mouvements, une grande souplesse. Puis on travaillera les bases et on va lui faire prendre conscience qu’il est pro. On ne frappe plus de la même manière, ca devient plus dur.
Pour frapper plus fort, il faut déjà avoir l’envie et être conditionné comme quelqu’un qui frappe plus fort. Pour ca il faut y croire.
Toby fait de la boxe mais prépares-tu que des boxeurs ?
J’ai commencé à entrainer en 1991. On avait une association qui s’appelait black-star et un club de taekwondo. Je récupérais tous les mecs pour les préparer différemment. On avait 3 jours et on a eu des résultats.
La même période j ai été faire de la lutte, j’ai fais les championnats de paris, j’ai essayé, le judo, le taekwondo et finalement moi c était la boxe.
En 1985 certaines personnes ont commencé à travailler sur un sport qui s’appelait le free forme (combat au sol et des clefs debout), pour essayer d’entrainer des mecs en fonction de leur métier, de la sécu ou garde du corps.
Aujourd’hui avec le sport de sol on arrive à travailler différentes méthodes.
Si tu reste simple dans tes analyses tu peux même entrainer un sportif qui fait du kung-fu. Moi-même j’en ai entrainé 2, le premier était champion du monde et le second champion d’Europe.
C’est qu’une question d’analyse, tout sport part de la même base, c’est l’équilibre.
Si tu regardes un individu et que tu penses qu’il manque de vitesse et de puissance tu dois trouver comment les lui faire travailler, sans le changer.
J’ai tout un programme écrit sur l’amélioration de la puissance, de la vitesse, de la souplesse et de la résistance, après l’individu est dans son sport et toi tu l’améliores, mais la base du free forme c était ca Ex : « prendre un karaté ka et l’améliorer ».
J’ai entrainé un karatéka qui était champion du monde et il avait gagné au brésil, j’ai aussi entrainé des mecs qui font du ju-jui-tsu brésilien, de la Boxe-thaï, du judo, je ne suis pas prédisposé à les entrainer comme des judokas, mais ils sont obligés d appliquer la méthode que je leur donne.
Es-tu ciblé que sur les sports de combat ?
Non, sur tout !
Il faut d’abord analyser le sport et le comprendre. Ce qui veut dire que s’il y a un élève qui fait du foot, je dois d’abord comprendre le foot, je dois comprendre les entrainements pour ne pas amener le sportif dans quelque chose de trop excessif où il sera trop rapide ou trop puissant. On va donc travailler en fonction de sa discipline, et ca prend un certains temps.
Un jour, j’ai dû former un acteur pour qu’il devienne un boxeur en boxe française pour l’un de ses films. J’avais 15 jours pour préparer ce novice. J ‘ai du prendre en compte qu’il il ne savait pas lever la jambe…
Le but est de prendre un individu avec sa discipline et de l’améliorer physiquement ou psychologiquement si nécessaire.
Parfois le problème peut provenir que d’une seule chose ; par exemple l’équilibre. L’individu ne peut donc pas exécuter tous les mouvements, il faut donc cibler le travaille sur ce problème.
Depuis quand entraines-tu ?
Officiellement, depuis 1991 sinon j’ai commencé en 1988.
Je faisais du karaté à Gonesse et à la fin des entrainements, j’entrainais les mecs sur la même méthode.
Quand j ai commencé en boxe anglaise j’ai trouvé que ce n était pas assez dur, donc je prenais les mecs et ont commencé à travailler un peut plus que ce qu’on faisait à la boxe.
En 1991 on m’a fait une proposition, je l’ai prise et de là j ai commencé à entrainer !!!
Es-tu un adepte de la musculation?
Je ne suis pas un adepte de la musculation.
J ai essayé et ce n’est pas pour moi, mais ca dépend des sports et de l’individu, je suis pour la musculation en athlétisme, en haltérophilie, ect... mais pas pour les sports de combat, la seul chose que j’accepte en musculation c’est un altère, pour travailler les jambes et tous ce qui est squatte, mais sinon non ! Je trouve que ce n’est pas nécessaire, il y a d’autres méthodes et c’est plus simple de travailler sur des barres et des pompes car tu travailles vraiment sur ton poids et tu as de meilleures sensations.
Qui sont le sportif et la sportive pour lesquels tu as de l’admiration ?
La sportive : ???
Le sportif : Michael Jordan, Tiger Wood, Carl Lewis et Jack Johnson*
Qui est pour toi le meilleur entraineur ?

Richard Williams, (Père de Venus et Serena Williams), il a sù entrainer ses filles sans avoir jouer au Tennis.
Un grand merci à Gaston pour nous avoir donné de son temps, ainsi qu’à ceux qu’il entraine pour nous avoir permis de les filmer et photographier ! 
* Jack Jonhson, est né en 1878 aux Etats-Unis de parents esclaves, il est celui dont on n’entend pas parler. Ayant eu des prestations et une progression fulgurante en Boxe Anglaise, il ne pouvait participer aux Championnats du monde qui étaient interdits aux noirs.
Après avoir persévéré, il fut le premier Afro-américain, Champion du monde de Boxe.
Vous pouvez retrouver Jack Jonhson dans le film documentaire relatant sa vie, dans : Unforgivable Blackness : The rise and fall of Jack Jonhson